La menace des hippopotames d’Escobar

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La menace des hippopotames d’Escobar

Messagepar nico » Samedi 28 Décembre 2019 8:42

Plus de 25 ans après sa mort, l’ombre du trafiquant de drogue Pablo Escobar continue à planer sur la Colombie. Si ses hommes de main ne font plus la pluie et le beau temps, ce sont aujourd’hui ses hippopotames qui inquiètent, dévastant lacs et rivières. L’idée d’exterminer ces bêtes qui prolifèrent à l’abri de prédateurs naturels ayant été écartée, une vaste opération de contraception est désormais envisagée.

Alors qu’il régnait sur son empire de trafic de drogue dans les années 80, Pablo Escobar avait importé des girafes, des lions et des hippopotames pour peupler le zoo qu’il avait construit dans son domaine voisin de Carthagène, Hacienda Napoles. « Quand l’État a confisqué Hacienda Napoles, on a pu replacer les lions et les girafes, dit David Echeverri Lopez, biologiste de la Corporation autonome régionale des bassins des fleuves Negro et Nare (Cornare) à Carthagène, en Colombie. D’autres animaux exotiques, comme les rhinocéros, se sont échappés et sont morts. Mais les hippopotames sont très résistants. » Les hippopotames ont probablement été achetés par Escobar dans des zoos américains peu scrupuleux.

Seulement quatre hippopotames se sont évadés du zoo de Pablo Escobar, mais ils se sont rapidement reproduits et, plus de 25 ans plus tard, ils sont désormais entre 60 et 80. Ils font peur aux pêcheurs et ont été retrouvés à plus de 200 km de leur zoo d’origine. Les hippopotames de Colombie donnent bien des maux de tête à David Echeverri Lopez. « Il faut trouver une solution pour limiter leur reproduction », explique le biologiste. « Ils ont été importés illégalement par Pablo Escobar et n’ont pas de prédateurs naturels. Cet été, des chasseurs ont tué un hippopotame jugé problématique, et il y a eu un tollé chez les environnementalistes. On a envisagé la stérilisation, mais c’est dangereux et très cher. En ce moment, on regarde la contraception, mais il est difficile de trouver une molécule assez puissante pour ces mastodontes. Et il faudrait que l’effet contraceptif dure plusieurs mois. »

Deux biologistes américains, Amanda Sandusky, de l’Université de Floride, et Jonathan Shurin, de l’Université de Californie à San Diego, sont depuis 2017 financés par National Geographic pour étudier les hippopotames de Colombie. « On les appelle des architectes d’écosystèmes, parce que leur activité transforme leur habitat, dit M. Shurin. C’est une manière d’étudier ce à quoi ressemblait l’Amérique du Sud avant l’arrivée des humains, quand il y avait encore de grands herbivores. Pour le moment, on ne voit pas beaucoup d’effets négatifs sur la qualité de l’eau, les tortues et le type de poissons dans les cours d’eau, comme en Afrique, mais on devrait voir ces effets négatifs d’ici 10 à 20 ans. Je m’attends à des effets négatifs sur les lamantins, des herbivores moins efficaces. Le bassin de la Magdalena est immense, des centaines de milliers de kilomètres carrés, alors les hippopotames peuvent se multiplier à l’infini. » Il n’y a pas que des effets négatifs : Mme Sandusky note que les hippopotames en liberté sont devenus une attraction touristique régionale. « Près d’Hacienda Napoles, on voit des restaurants avec des hippopotames sur les menus, des sculptures d’hippopotames, des colifichets », dit-elle.

Des tentatives ont été faites pour renvoyer les hippopotames en Afrique. « Nous sommes allés en Afrique du Sud pour voir si ce serait possible de les rapatrier, dit David Echeverri Lopez. Mais ça coûterait une fortune et ça introduirait potentiellement de nouveaux parasites dans une population qui est déjà en déclin. »

Il y a deux espèces d’hippopotame : commun et pygmée. Les hippopotames de Colombie sont communs, ce qui signifie qu’ils sont des cousins des moutons et des baleines, selon M. Shurin. « La Colombie est particulièrement fertile pour eux, dit Mme Sandusky. Il n’y a pas de saison sèche comme en Afrique. Ils semblent se reproduire plus fréquemment, tous les 18 mois plutôt que tous les deux ou trois ans, et ils ont moins de compétition de grands mammifères. De plus, seuls le jaguar et le crocodile pourraient être un prédateur en Colombie, et cela ne s’est pas encore avéré. »


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Re: La menace des hippopotames d’Escobar

Messagepar buffledo » Lundi 30 Décembre 2019 12:27

N'y a-t-il pas un problème lié à la consanguinité qui va se poser avec la population originale très réduite ?
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Re: La menace des hippopotames d’Escobar

Messagepar Vinch » Lundi 30 Décembre 2019 13:53

Si la population ne cesse de croître, c’est que la consanguinité ne pose actuellement pas de problème, qu’il n’y aucune tare génétique pouvant mettre la fertilité de cette population en danger.
Le seul souci, c’est qu’il y a très peu de variabilité génétique, aucune possibilité de brassage génétique avec d’autres populations d’hippopotames. Ils sont en situation de goulot d’étranglement génétique.
En fait , le plus préoccupant finalement, la consanguinité induit surtout des systèmes immunitaires peu variés et de moins en moins efficaces contre diverses maladies. En d’autres termes, une maladie virale, par exemple, risque d’emporter la population toute entière, du fait d’un système immunitaire peu efficace car presque identique d’un individu à l’autre.
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