Fauna Brasileira

Taxonomie, éthologie... Voici le lieu de vos échanges animaliers !

Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Lundi 24 Février 2020 12:34

Je profite du lancement de la période du Carnaval, particulièrement festive au Brésil pour débuter cette présentation de la faune rencontrée et photographiée au Brésil.
Il ne s'agit pas d'un voyage unique, mais plutôt le fruit de 5 voyages différents, tous trop courts, dans ce pays qui m'a charmé jusqu'au plus profond de mon intimité.

Pourtant, 5 séjours ne m'ont autorisé à explorer qu'un fragment de ce pays gigantesque, 17 fois plus grand que la France et occupant la moitié du continent sud-américain (que ce soit en population ou en surface). Les zones visitées sont les suivantes :

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1 : Massif de la Chapada Diamantina : un haut plateau qui s'élève dans l'arrière-pays de l'état de Bahia. Les cours d'eau ont creusé de profondes vallées où sont retranchées d'épaisses forêts, protégées de la sécheresse et des conditions difficiles de l'intérieur du pays. Situé au milieu de la bio-région du cerrado, la région comporte une grande diversité d'habitats diverses et fait figure de bastion pour les espèces forestières comportant à la fois des influences amazoniennes et du littoral bien que les deux régions soient éloignés de plusieurs centaines de kilomètres.

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2 : Littoral bahianais : une zone de forêt côtières très riches en espèces endémiques mais aussi très déboisée et clairsemée. De vaste zones de mangroves protège la côte qui fait directement face à l'Afrique et d'où est originaire la majorité des populations de la région.

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3 : Littoral carioca/paulista : Entre les deux plus grandes villes du pays, Sao Paulo (plus de 20 millions d'habitants) et Rio de Janeiro (12 millions d'habitants), un paysage paradisiaque s'étend le long de la côte atlantique. Les montagnes couvertes de jungle plongent à pic dans les vagues de l'océan. C'est la "Costa Verde", baptisée ainsi en référence à la couleur de l'océan et de la forêt.

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La ville de Belo Horizonte fût mon quartier général durant ces voyages. La nature est présente jusqu'en ville où j'ai effectué des observations intéressantes. C'est la capitale du Minas Gerais, un des plus riches états brésiliens, renommés pour ses montagnes, sa gastronomie, notamment ses produits laitiers, et ses habitants bienveillants et accueillants.
4 : Serra de Caratinga une des chaînes montagneuses entourant l'état du Minas Gerais

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5 : Serra do Cipo
6 : Serra de Canastra
Deux autres massifs arborant chacun des spécificités géologiques, botaniques et zoologiques mais qui constituent des îlots de protection pour les espèces de l'intérieur brésilien où le cerrado est fortement menacé par sa conservion en pâture et en cultures.

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7 : Chapada de Guimaraes : un autre plateau rocheux qui surplombe le cerrado. Il s'agit en fait d'un escarpement surplombant la région du Pantanal. Situé non loin de la zone de transition entre le cerrado et l'Amazonie, elle présente une grande diversité d'espèces vivant pourtant dans des habitats différents.

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8 : Le fameux Pantanal, qu'on ne présente plus. Le plus grand marécage du monde est une cuvette entourée par le cerrado brésilien. Les nombreux cours d'eau alimentent cette vaste plaine inondée plusieurs mois par an. L'abondance d'eau et de nourriture en fait la zone la plus prisée du continent pour l'observation des animaux sur le continent.

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Voici une carte représentant les principaux biomes brésiliens.

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Bien évidemment, sur le terrain, la vérité est un peu plus complexe et les zones de transition entre les divers milieux suivent des règles dictées par la topographie des lieux, la nature du sol, l'exposition et la main de l'homme.
A travers ce fil, je présenterais donc les animaux rencontrés dans ces différents environnements. Bien évidemment il s'agit d'une division arbitraire, basée sur mes recherches et connaissances. S'il existe de vrais spécialistes qui ne vivent que dans un seul biome, nombre d'espèces parviennent à prospérer dans divers milieux quand d'autres encore, ont besoin de deux ou trois biomes à proximité pour bénéficier de leurs avantages respectifs.
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Thibaut » Lundi 24 Février 2020 13:00

Merci pour ces photos et les explications géographiques. Ça donne envie.
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Lundi 24 Février 2020 16:21

Les opportunistes

Avant de traiter des différents biomes brésiliens, ce premier "épisode" concerne des espèces qui se distinguent par leur faculté d'adaptation et parviennent à coloniser tous les milieux, y compris au plus près de l'homme. ce sont souvent des espèces qui suivent l'homme et profitent de son action modificatrice de l'environnement.

L'urubu noir (Coragyps atratus), est peut être le plus emblématique de ces oiseaux. Présent sur tout le continent, des forêts éparses jusqu'aux déserts, en passant par mégalopoles, littoral et savanes. Il n'est pas doté d'un aussi bon odorat que les vautours du genre Cathartes et se sert donc principalement de la vue mais il sait interpréter le comportement de ces oiseaux lorsqu'ils auront débusqué une carcasse.

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Il est souvent accompagné du caracara huppé du Sud (Caracara plancus), un autre charognard qui profitent souvent des restes des hommes. Lui aussi est largement répandu sur le continent mais évite les forêts denses comme l'Amazonie. Il;est particulièrement à son aise dans les zones ouvertes où il déambule souvent au sol de sa démarche caractéristique. Ce falconidé est un opportuniste se nourrissant à la fois de charognes, de nombreux petits animaux (insectes, rongeurs, reptiles, oeufs...) mais aussi de certains fruits très nutritifs.

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Dans un gabarit bien différent, le bruant chingolo (Zonotrichia capensis) est l'équivalent chez nous du moineau domestique. A l'origine espèce assez commune de divers milieux ouverts, le bruant s'est adapté aux opportunités des environnements humains où il est commun, notamment dans les parcs et jardins.
La colombine rousse (Columbina talpacoti) l'accompagne souvent dans ce genre de milieu.

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Le troglodyte familier (Troglodytes aedon) pousse également l'adaptation très loin avec une aire de répartition incluant la majorité de l'Amérique du nord jusqu'en Patagonie. J'aime bien sa petite bouille, sa confiance en soi et ses petits sauts dans les biussons près du sol où il recherche sa nourriture.

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Troglodyte familier

Le vaste régime alimentaire du tangara sayaca (Thraupis sayaca) et son appétence pour les milieux ouverts le rend également adaptables aux milieux urbains au point d'en faire un des oiseaux les plus faciles à voir, pas forcément à photographier. Il fait partie d'un groupe de tangaras bleutés dont les aires de répartition se chevauchent et qui peuvent amener deserreurs d'identification si l'on ne fait pas attention. Il rets e toutefois limité au sud-est du continent sud-américain, s'étendant du Brésil jusqu'en Argentine et au Paraguay à l'ouest.

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Tangara sayaca

Le tyran quiquivi (Pitangus sulphuratus) est un autre espèce fortement présente dans les villes brésiliennes. Il affectionne la proximité de l'eau car il y trouve de nombreuses proies. A la manière d'un gobe-mouche, il est souvent vu attendant immobile sur un perchoir bien en évidence d'où il se jette pour capturer les insectes volants. Il consommera également des bourgeons et des fruits murs ainsi que d'autres petites proies comme des reptiles. Il a un cri très reconnaissable auquel l'on s'habitue vite bien qu'il soit peu harmonieux.

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Je n'ai pas aperçu la conure veuve (Myiopsitta monachus) dans son habitat naturel qui inclut notamment la région du Pantanal. Là bas, elle construit son nid en colonie, souvent sous l'immense nid de branchages d'un couple de jabiru. Elle y aménagent alors des sortes de petites galeries. Elles sont cependant capables de construire leur propres nids comme le prouve leur capacité à coloniser de nombreuses villes, dont Rio de Janeiro mais aussi en Europe et aux Etats-Unis.

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La grande aigrette (Ardea alba) conclue cette série. On ne peut pas dire qu'il s'agit d'une espèce généraliste dans son choix d'habitat puisqu'il inclut forcément la présence d'une pièce d'eau mais j'ai trouvé que l'espèce était présente à proximité de l'homme de manière régulière. La grande aigrette est présente sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique. Au Brésil, où l'espèce est sédentaire, il s'agit de la sous-espèce egretta. On la distingue d'autres espèces semblables par sa taille, son bec jaune et une zone de peau qui vire au bleu-vert en période de reproduction.

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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Antoine » Lundi 24 Février 2020 17:57

Magique :D

Un immense merci :wink: 8)
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Mardi 25 Février 2020 11:14

Littoral

Nous attaquons désormais notre découverte de la fantasque nature brésilienne par les côtes, comme l'on fait jadis les explorateurs européens.
La mangrove est une formation très spécifique qui s'adapte à des variations du niveau de la mer et de la salinité de l'eau. Elle est présente au Brésil mais ne couvre pas tout le littoral. En effet, une bonne partie de la côte atlantique est battue par les vents et marées ce qui empêche la mangrove de prendre pied. Il doit également y avoir des raisons liées à la profondeur avec un plancher marin qui s'effondre rapidement.

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La sterne à gros bec (Phaetusa simplex) est une espèce monotypique, ce qui signifie qu'elle est l'unique représentant de soin genre dans la classification binomiale utilisée pour le règne animal (deux noms scientifiques caractérisant chaque espèce). Elle vit aussi bien sur la côte que le long des cours d'eau comme dans le Pantanal par exemple.

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Crabe sur les plages de Paraty

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Crabe de mangrove à Boipeba

Les mangroves se forment souvent le long des estuaires et embouchures des cours d'eau, parfois de simples ruisseaux déperlant depuis les montagnes avoisinantes. Ces chenaux peu profonds forment alors une voie de communication relativement aisée pour pénétrer au cœur de la jungle depuis la plage. J'ai ainsi pu observer plusieurs fois des oiseaux typiques de cette formation en marchant, à demi-immergé le long du cours d'eau. Les hérons sont peut être les plus emblématiques. Si certaines espèces s'accoutument facilement de la présence de l'homme, d'autres sont plus timides. Mais elles sont bien là, à quelque pas de la plage et des bruyants humains, cachées dans d'épais bosquets difficilement accessibles aux créatures terrestres.

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Le bihoreau violacé (Nyctanassa violacea) est un véritable spécialiste des zones côtières. Il est principalement répandu le long de la côte atlantique des Amériques. Je ne l'ai vu qu'une seule fois et semblait fort timide.

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Bien que discret lui aussi, le bihoreau gris (Nycticorax nycticorax) est bien plus répandu puisqu'il occupe la majeure partie des tropiques et zones tempérées, dès qu'il y a de l'eau. Ici, il s'agit d'un juvénile qui a attrapé un petit amphibien, sa nourriture de prédilection.

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Le héron cocoi (Ardea cocoi) est le plus grand représentant de la famille des ardéidés en Amérique du Sud. Son aspect et son comportement est quasiment identique au héron cendré de chez nous. Avec le héron bleu d'Amérique du Nord (Ardea herodias) ils forment une super-espèce présente sur la grande majorité du globe.

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Le héron à dos vert (Butoride striata) est le plus petit représentant des ardéidés dans les mangroves du sud-est du Brésil. Il est lui aussi assez commun mais peu facile à débusquer en raison de sa capacité à rester immobile parmi les feuillages. Confiant dans son mimétisme, il ne daignera bouger qu'en dernier recours, et encore, souvent en marchant de sa démarche saccadée vers le prochain écran végétal.

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La grande aigrette (Ardea alba), toujours très présente.

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Il ne faut pas la confondre avec l'aigrette neigeuse (Egretta thula), dont le bec et les pattes sont noirs mais les pieds jaunes. Bien plus petite en taille, elle se distingue également par un profil un peu différent. Les longues plumes soyeuses qui se développent sur la tête et le plastron ne sont visibles qu'en période de reproduction et constituent rarement un critère disponible pour l'identification. En Europe, l'espèce similaire écologiquement et d'apparence est l'aigrette garzette.

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Un autre habitant discret de la mangrove est le râle de Cayenne (Aramides cajeana). Répandu dans la majeure partie de l'Amérique du Sud, la sous-espèce avicenniae) est endémique de la côte du sud-est brésilien, isolée par les montagnes côtières. Sur les 8 espèces appartenant au genre Aramides, 6 vivent au Brésil. Le râle saracura (Aramides saracura) au plastron bleu, vit uniquement le long de la côte atlantique du sud-est du Brésil jusqu'au nord e l'Argentine.

Un autre genre bien représenté dans les mangroves sont les martins-pêcheurs. Ces habiles pêcheurs prospèrent le long des chenaux bordés de végétation d'où ils peuvent plonger pour attraper les petits poissons. Les espèces brésiliennes sont toutes largement représentées sur le continent et se distinguent principalement par leur taille.

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Martin-pêcheur à ventre roux (Megaceryle torquata), le plus grand, jusqu'à 41 cm de longueur

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Martin-pêcheur d'Amazonie (Chloroceryle amazona), présent sur une aire de répartition bien plus large que le bassin forestier

Enfin, à proximité des mangroves, dès que le terrain s'élève de quelques centimètres et n'est plus submergé régulièrement, se forment d'épais bosquets où poussent de manière très dense des bambous et palmiers produisant de grosses noix. J'ai notamment pu y photographier les espèces suivantes bien que les conditions d'observation et de prises de vue y soient particulièrement difficiles.

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Pic aspergé (Veniliornis spilogatser), un habitant spécifique des forêts atlantiques

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Sciurus ingrami
Le statut des écureuils de la Mata Atlantica est discutté. certains avancent qu'il s'agit d'une espèce distincte, séparée de l'écureuil de Guyane (Sciurus aestuans) par des facteurs écologique set géographiques. Pour d'autres, il s'agit simplement d'une sous-espèce.
On le repère souvent par le bruissement des feuillages qu'il occasionne dans ses pérégrinations et le bruit fait lorsqu'il ronge les grosses noix dont il se nourrit.

Il faut souligner qu'aucune de ces espèces n'est classée comme menacée par l'UICN, malgré le recul marqué de leur milieu de prédilection. La plupart de ces oiseaux s'accoutument bien de petites poches préservées entre les infrastructures humaines et ne sont pas trop touchées par la fragmentation de leur habitat.
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar abel » Mardi 25 Février 2020 19:28

Merci Therabu pour ce reportage très joliment illustré, comme toujours !
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Philippe » Mardi 25 Février 2020 19:54

Merci beaucoup Therabu pour ce (gros) travail et la suite de ce reportage passionnant. Et quelles photos !
Biofaune : l'actualité de la conservation in & ex situ : http://biofaune.canalblog.com - www.facebook.com/biofaune
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar nico » Mercredi 26 Février 2020 18:35

Excellent ce post. Tout aussi intéressant qu'un beau reportage sur arte. Un grand merci Therabu
Biofaune : L'actualité nature au quotidien
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar NRJMelvinT » Mercredi 26 Février 2020 19:00

Merci beaucoup pour ces superbes photos !
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Mercredi 26 Février 2020 21:10

Restinga

La restinga est un biome particulier, présent ponctuellement au Brésil, notamment à proximité de Rio de Janeiro. Il s'agit d'un cordon de sédiments déposés par la mer ou un fleuve au niveau de son embouchure et qui enferme progressivement une lagune qui peut être d'eau douce ou salée. Chez les mammifères et oiseaux il n'y a pas réellement de spécialistes adaptés à ce type d'environnement. Par contre les conditions difficiles du sol, notamment la relative absence de nutriments a donné lieu à l'apparition d'espèces végétales spécifiques qui sont parvenues à s'adapter à la sécheresse, au sol meuble et pauvre en nutriments. Ces espèces végétales uniques justifient la protection de cet habitat couvrant une faible superficie mais remplissant à l'instar des mangroves, un rôle écologique important.
En raison de l'ensoleillement, la restinga est un bon endroit pour observer des reptiles :

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Caiman à museau large (Caiman latirostris)
Il s'agit du plus méridional des crocodiliens sud américain. Son régime alimentaire est avant tout basé sur les invertébrés, notamment mollusques et gastéropodes.

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Tortue charbonnière à pattes rouges (Chelonoidis carbonaria), classée vulnérable, principalement en raison du trafic animalier. Je soupçonne ces individis observés d'être issus de relâchés d'animaux saisis par les autorités dans la région.

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Tropidurus torquatus

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Inconnu

Au dessus de l'océan, il est possible d'observer le vol plané des frégates superbes, un oiseau marin qui s'este adapté pour vivre du rapt d'autres espèces pêcheuses comme le fou brun, présent au large.

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Fregatra magnificiens

J'ai également observé des capybaras dans ce type d'environnement ou à proximité de larges plans d'eau urbains alors qu'on les associe à des régions plus "sauvages". A Belo Horizonte, ils sortent le soir brouter les berges du lac de Pampulha. J'ai même vu des portions du parc écologique fermées à cause de leur présence et de leur "dangerosité"...Au moins, là ils ne craignent pas le jaguar !

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Capybara devant le stade de Belo Horizonte

Les lagunes sont souvent situées à proximité de zones urbanisés. La gestion des eaux usées est encore, il me semble, un sujet à "traiter" si je puis me permettre. Ces lagunes servent des fois de stations d'épuration où les plantes font le travail d'assainissement. Je ne sais pas si c'est positif ou non, en tout cas certaines plantes et animaux semblent y trouver leur compte comme la talève violacée :

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Talève violacée (Porphyrio martinicus), une belle espèce que l'on peut retrouver jusqu'en Floride

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Petit blongios (Ixobrychus exilis)

J'aurais pu placer le sucrier à ventre jaune (Coereba flaveola) parmi les opportunistes. Il est souvent vu dans les parcs et jardins, jusqu'au cœur même des villes. Près de 41 sous espèces ont été décrites (même si je doute de leur validité étant donné le nombre) à travers sa large aire de répartition couvrant toute l'Amérique tropicale. Ce petit oiseau qui est classé dans sa propre famille se nourrit notamment de nectar. N'ayant pas les facultés des colibris, il perce la corolle de la fleur à sa base grâce à son bec et son poids plume, prélevant le nectar sucré sans emporter de pollen. C'est toutefois un détournement perdant pour les fleurs qui ont investi des ressources dans la production nectar sans bénéficier de la fertilisation.

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Sucrier à ventre jaune

Les lagunes aussi sont le domaine des anatidés, bien que leur présence soit rare de mon expérience.

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Canard musqué (Cairina moschata), phénotype sauvage, dont les "canards de Barbarie" domestiques dérivent. Les relations de cette espèce avec les autres anatidés et son appartenance reste encore floue. Le canard musqué partage aussi la caractéristique d'être le seul représentant de son genre avec l'amazonette du Brésil, un anatidé atypique, exclusivement présent en Amérique du Sud.

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Amazonetta braziliensis

A l'inverse, le dendrocygne veuf (Dendrocygna viduata) a lui, une vaste aire de répartition, couvrant le continent sud américain et l’Afrique jusqu'à Madagascar.

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Dendrocygne veuf

Les grèbes sont un autre type d'oiseaux que l'on rencontre principalement à proximité des lacs et pièces d'eau calmes. J'ai pu observer deux espèces qui sont répandues le long du continent, jusqu'en Amérique du Nord, même si le grèbe à bec bigarré (Podilymbus podiceps
) supporte des températures plus froides.

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Grèbe à bec bigarré

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Grèbe minime (Tachybaptus dominicus)

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Gallinule d'Amérique (Galinulla galeata)

A proximité de n'importe quelle pièce d'eau, il est facile d'observer le vanneau téro (Vanellus chilensis) qui apprécie les pelouses rases au bord des zones humides où il cherche sa nourriture et peut guetter l'arrivée du danger. Il pousse alors des petits cris auxquels les autres membres de l'espèce répondent en écho afin de décourager le potentiel prédateur. Il partage cet habitat avec le pipit jaunâtre (Anthus lutescens) et l'astrild ondulé (Estrilda astrild), un oiseau africain localement introduit suite à des relachés d'animaux détenus pour l'ornement.

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Vaneau téro

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Pipit

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Astrild ondulé

Auparavant classé dans le genre Pitangus, le tyran lycteur (Philohydor lictor) s'est vu attribué son propre genre, signifiant "qui adore l'eau". Il se distingue difficilement du tyran quiquivi pour un observateur peu habitué. La famille des tyrans brésiliens fait partie de mes cauchemars d'identification, pas loin derrière les goélands immatures.

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Tyran lycteur

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Probablement un tyran quiquivi, au bec plus fort et plus crocheté

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La moucherolle aquatique (Fluvicola nengeta) est un membre de la même famille mais aux dimensions inférieures. Elle est facilement visible le long de toutes les pièces d'eau, jusque dans les parcs.

Partout où l'on trouve du poisson, il est possible d'observer le cormoran néotropical (Phalacrocorax brasilianus) qui est loin d'être inféodé aux zones côtières. On s'aperçoit, pour l'instant, que nombre d'oiseaux de ces zones humides ont un cousin proche en Europe qui remplit sensiblement la même niche écologique.

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Cormoran néotropical

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Ibis à face nue (Phimosus infuscatus), cette fois une espèce monotypique, uniquement représentée au centre et à l'est du continent. Ce bel oiseau vit en petites colonies qui se séparent la journée pour fourrager à la recherche de vers, mollusques et autres invertébrés présents dans la vase.
Les alentours des points d'eau sont aussi un excellent lieu pour l'observation de shirondelles qui doivent être attirées par les insectes volants qui éclosent dans les pièces d'eau stagnante.

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Hirondelle bleue et blanche (Notiochelidon cyanoleuca)

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Hirondelle à ailes blanches (Tachycineta albiventer), un visiteur estival dans cette partie du continent, même si elle est sédentaire dans la majeure partie de son aire de répartition.

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Carouge à calotte rouge ou oriole à tête rousse (Chrysomus ruficapillus
) mâle, la femelle étant bien plus discrète. Cet habitant sympathique des lits de roseaux et autres plantes aquatiques y fait son nid en colonie, juste au dessus de l'eau. Cela ne le protège pas des oiseaux parasites, tel que les vachers qui peuvent y pondre leurs œufs.

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Le fournier bridé (Furnarius figulus) fait partie d'une famille plus souvent associée aux zones de savanes. Cette espèce particulière, endémique du Brésil, ne se trouve pourtant qu'à proximité des pièces d'eau. La population principale suit l'arc de la forêt atlantique brésilienne mais une seconde population séparée évolue le long du Rio Xingu, un des plus puissants affluents de l'Amazone.
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Papillon inconnu
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar guirosama » Mercredi 26 Février 2020 21:16

Chouette des régions brésiliennes que je ne connais pas ! Parabens !
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Jeudi 27 Février 2020 16:30

Mata Atlantica

La forêt atlantique ou Mata atlantica est un massif forestier qui couvrait tout le littoral brésilien depuis la pointe orientale du continent jusqu'au nord de l'Argentine. Son étendue d'origine couvrait 15% du territoire brésilien mais comme vous le savez, ce biome a très largement souffert de la déforestation. Les raisons sont multiples : urbanisation, plantations commerciales, agriculture vivrière, exploitation minière ou des bois précieux. Aujourd'hui, seul 7% environ de la surface initiale est encore debout. Une autre menace importante est la fragmentation de ces massifs forestiers qui peuvent être séparés par d'importantes zones de cultures ou des villes entières ce qui est fortement préjudiciable à long terme. Les gros animaux, surtout ceux ne pouvant voler sont les plus touchés par le phénomène. Les travaux récents de conservation visent notamment à créer des corridors écologiques permettant le brassage génétique des populations.

Séparé e l'Amazonie par le vaste plateau brésilien couvert de cerrado, l'endémisme est très élevé dans la région. Près de 40% des 20 000 espèces végétales ne se trouvent nulle part ailleurs, ce qui explique sa classification comme hotspot de la diversité. Des proportions élevées d'endémisme sont également enregistrées chez es amphibiens mammifères et même les oiseaux.

La Mata Atlantica n'est pas un ensemble uniforme. Elle s'installe à la fois sur les plaines côtières tout comme sur les pentes abruptes de la Serra do Mar, de la Serra do Espinhaço ou de la Serra da Mantiqueira. Le terrain défavorable à l'agriculture explique que les majeures zones de forêts intactes que j'ai pu visiter soient situées dans ces dernières chaines de montagne. Dans l'état de Bahia, j'ai pu rouler le long de vastes étendues de forêts de plaines mais malheureusement, les infrastructures touristiques où je comptais observer quelques mammifères endémiques étaient fermées depuis quelques années.

Je vais commencer par la présentation des primates de la Mata Atlantica qui sont tous endémiques de ce biome. Le singe hurleur brun (Alouatta guariba) est l'unique représentant du genre dans toute la région. Toutefois, cela pourrait être remis en question par de nouvelles études génétiques qui semblent suggérer l'élévation au rang d'espèce de certaines populations.
Pour l'instant classé en préoccupation mineure, ce statut pourrait donc amené à évoluer avec la scission de la population en plusieurs groupes. Globalement, les hurleurs souffrent moins de la fragmentation de l'habitat que d'autres grands singes en raison de leur régime alimentaire principalement folivore, qui implique donc des territoires moins vastes. Toutefois, lorsque les densités de population arrivent à saturation, les jeunes font face à des problèmes pour sortir de leur massif d'origine. En plus, des épidémies de fièvre jaune frappent lourdement l'espèce, allant jusqu'à décimer l'espèce de territoires entiers.

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Hurleur brun

Les sapajous, ou capucins "trapus" ou "touffus", appartiennent au genre Sapajus, érigé en 2012 pour les distinguer des capucins "graciles", reflétant ainsi une séparation remontant à plus de 6 millions d'années. Le genre est répandu du sud de l'Orénoque jusqu'à l'océan Atlantique et quatre espèces différentes occupent la Mata Atlantica. Du nord au sud, il y a :
- Le sapajou blond, en danger critique d'extinction avec 180 individus, redécouvert en 2006 à l'état sauvage. Un petit groupe est visible au zoo de Sao Paulo
- Le sapajou à ventre jaune qui est l'espèce de cébidé prioritaire dans le plan de collection européen, lui aussi classé en danger critique bien que sa situation soit moins déprimante que son cousin du Nordeste.
- Le sapajou robuste, vit au sud du Rio Jequitinhonha. Comme en Amazonie, les fleuves sont un facteur important de spéciation chez les primates de la Mata Atlantica. Je sais que le zoo de Los Angeles abrite quelques individus mais je ne sais pas si un programme d'élevage est en place pour cette espèce classée en danger.
- Plus au sud, en dessous du Rio Doce, on rencontre la sapajou noir, qui incluait encore récemment le sapajou robuste.

Les sapajous sont les plus "turbulents" des singes du nouveau monde et les plus enclins (les seuls) à utiliser des outils. Ils évoluent le plus souvent à l'étage intermédiaire de la forêt où ils sont capables d'exploiter de nombreuses sources de nourriture, aussi bien végétale qu'animale.

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Sapajou noir

La classification des titis, autrefois rassemblés dans le genre Callicebus a elle aussi vécu le même type de révolution en 2016. Le genre initiale a été conservé pour les 5 espèces de la Mata Atlantica. Au zoo de Belo Horizonte, j'ai pu observer un spécimen de Callicebus nigrifrons mais je n'ai pas encore réussi à en observer dans la nature. Une espèce est en danger critique d'extinction, l'une en danger, deux vulnérables et la dernière quasi-menacée.
Chez les callitrichidés, on peut commencer par citer les fameux tamarins-lion, appartenant au genre Leontopithecus. Les 4 espèces sont fortement menacées. L'emblématique tamarin-lion doré, qui figure sur les billets brésiliens, ne vit qu'à proximité de Rio. Les réintroductions à partir de sujets issus des zoos occidentaux se sont arrêtés et il semble que leur succès de survie dans la nature reste encore bancal. Il est difficile, voire impossible d'en observer sans l'aide de guides travaillant pour des programmes de conservation. Le tamarin-lion noir, le plus gros de tous, qui vit dans la Serra do Mar au sud de Sao Paulo est peut être le plus facile à trouver.

Le genre Callithrix n'est pas strictement endémique de la Mata Atlantica mais fait ressortir une histoire évolutive semblable à celle des capucins. Il semblerait que les ouïstitis de ce genre se soient réfugiés dans la forêt atlantique pour ensuite coloniser la caatinga du Nordeste pour le ouistiti à toupets blancs et le cerrado pour le ouistiti à toupets noirs. Les ouisitits d'Amazonie appartiennent quant à eux au genre Mico.
Pour compliquer les choses, les deux ouistitis à toupets ont été souvent relâchés par l'homme dans des zones étrangères à leur aire de répartition originelle. Ils ont apporté des maladies qui ont frappé les tamarins-lions mais aussi les espèces locales de ouistitis. En plus, une pollution génétique s'est installée. En effet, les animaux se sont hybridés et mélés aux deux espèces de ousititis "montagnardes" :
- le ouistiti oreillard, vivant entre Sao Paulo et Rio (Callithrix aurita)
- Le ouistiti à tête jaune (Callithrix flaviceps), vivant à l'est de Belo Horizonte, le long de la côte de l'état de l'Espirito Santo
Les ouistitis du Bahia (Callithrix kuhlii) et à face blanche (geoffroyi) ne semblent pas subir autant de menaces.
Pour en savoir plus sur l'implication de quelques parcs dans la conservation des ouisititis de la Mata Atlantica : viewtopic.php?f=20&t=14773&p=176712&hilit=callithrix+aurita#p176712

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Ouïstiti à toupets blancs

Enfin, pour conclure sur les primates de la forêt atlantique, j'aimerais évoquer mon véritable coup de coeur : les muriquis ou singes-araigné laineux. Deux espèces constituent le genre Brachyteles, séparées par la serra de Espinhaçao et qui se différencient uniquement par la couleur de la face, entiérement noire chez le muriqui du Sud alors que l'espèce du Nord est mouchetée de rose. Les deux espèces sont classées en danger critique d'extinction, avec moins de 1200 individus pour chaque espèce et des sous- populations fortement fragmentées. L'avenir de beaucoup de groupes est tout simplement compromis car les animaux sont bloqués sur un petit territoire les condamnant à la consanguinité. Les scientifiques essayent de replanter et de construire des corridors afin de connecter les fragments de forêts entre eux mais cela est un processus long compliqué.
Plus grands représentants des singes du Nouveau Monde, ces splendides animaux peuvent atteindre 1m50 et près de 9,7kg pour les mâles. Leur cycle de reproduction est très long et leur structure sociale est celle de groupes familliaux pluri-mâles et pluri-femelles sans véritable hiérarchie, une chose relativement exceptionnelle chez les primates. Les scientifiques les ayant étudier les décrivent comme une espèce très pacifique. Se nourrissant principalement de fruits et de bourgeons, un groupe familial a eosin d'un grand territoire pour subvenir à ses besoins.
Après une nuit exténuante de voyage, j'ai pu visiter la réserve de Montes Claros où l'association Preserve the Muriqui effectue un travail fantastique de sauvegarde et d'étude du muriqui du Nord. Il s'agit a priori de la seule population viable à long terme avec des effectifs en hausse. Alors que la pluie tombait abondamment, nous avons été gratifié par le passage d'un groupe familial dans les cimes des arbres. Je suis déçu de la qualité des photos mais c'était certainement l'émotion la plus forte suscitée par l'observation de la nature qui m'ait été procurée.

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Muriqui du Nord
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Thibaut » Jeudi 27 Février 2020 18:39

Je me permets de rajouter le lien du Moutain Marmoset Conservation en ce qui concerne la conservation des ouistitis et notamment les callithrix flaviceps et callithrix aurita.
https://www.mountainmarmosetsconservation.com/
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar furylion » Jeudi 27 Février 2020 19:43

Merci Therabu !
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar nico » Jeudi 27 Février 2020 20:37

Un régal !!!
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