Fauna Brasileira

Taxonomie, éthologie... Voici le lieu de vos échanges animaliers !

Re: Fauna Brasileira

Messagepar Philippe » Samedi 21 Mars 2020 16:48

Merci beaucoup, Therabu, pour la suite de ce reportage. Je ne mesure que trop bien le temps et l'investissement que cela représente. Encore un grand merci donc...
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar gibbon » Dimanche 22 Mars 2020 0:12

Merci beaucoup, Therabu, pour ce reportage passionnant ! Et je n'ai qu'un mot pour qualifier tes photographies : sublimes.

Puisqu'on est dans le genre des noms ces jours-ci, je permets cette remarque :
raphaël a écrit:Tiens, je découvre en te lisant que "cassique" est féminin, je l'employais toujours au masculin.

Et tu avais bien raison car le nom 'cassique' est bien de genre masculin.
https://www.oiseaux.net/oiseaux/cassique.casque.html
https://www.oiseaux.net/oiseaux/cassique.huppe.html
https://www.oiseaux.net/oiseaux/cassique.noir.html
https://www.oiseaux.net/oiseaux/cassique.vert.html

:wink:
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Dimanche 22 Mars 2020 11:04

Merci à vous deux !

Continuons donc notre découverte du Pantanal.
Il n'est pas très surprenant que dans ces immenses marécages, les échassiers et caimans soient légions. Par contre, j'ai vraiment été frappé par l'abondance de rapaces visibles le long de la Transpantaneira et des voies navigables. De nombreuses espèces, aux régimes variés, et appartenant à des genres bien différents de ce que l'on a l'habitude de croiser en France.

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Epervier bicolore (Accipiter bicolor ), sous espèce pileatus. Cet épervier est un chasseur à l'âffut, principalement d'oiseaux de taille moyenne comme des merles mais aussi des petits mammifères tel que les écureuils ou exceptionnellement des tamarins.

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Buse à tête blanche (Busarellus nigricollis), unique représentante de son genre. Fonctionnellement, ce rapace semble occuper la même niche et avoir le même comportement que les pygargues avec un menu principalement constitué de poissons.

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La buse roussâtre est plutôt un habitant des zones sèches et des savanes à hautes herbes. Elle se nourrit de la microfaune de cet habitat, rongeurs, lézards, gros insectes...

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Grande buse urubu (Buteogallus urbutinga), appartenant au même genre et partageant le régime alimentaire de sa cousine à la stature moins impressionnante.

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Le Milan des marais (Rostrhamus sociabilis) est un curieux rapace. Comme son nom l'indique, il est inféodé aux marais où son curieux bec fin et recourbé l'aide à extraire les escargots d'eau douce de leurs coquilles. Il semblerait que les gastéropodes constituent la grande majorité de l'alimentation de l'espèce.

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La Buse à gros bec (Rupornis magnirostris), relativement commune, a un régime plus habituel et diversifié.
Aucun de ces rapaces ne semble réellement spécifique à la région ni au pays, ces grands oiseaux pouvant facilement parcourir de grandes distances à la recherche d'habitats convenant à leurs besoins.

Comment parler du Pantanal et de ses oiseaux sans évoquer le ara hyacinthe ? Ce grand perroquet, le plus grand du monde, est facilement reconnaissable à sa couleur rareet assez unique dans le monde animal. Il la partage avec les 3 autres perroquets du genre Anodorhynchus. Cette rareté a valu à ces trois oiseaux et à leurs cousins éloigné, l'ara de Spix, d'être très recherchés pour le commerce d'animaux exotiques. Les jeunes étaient capturés au nid tout comme les adultes pour ensuite être vendus au marché noir. Ce trafic, conjugué à la réduction de son habitat et à la présence de cavités nécessaires à sa reproduction ont causé un effondrement des populations. Ces perroquets peuvent atteindre des âges très avancés mais leur reproduction est lente.
Suite au classement de l'espèce sur la liste des espèces protégées, les captures d'animaux dans le milieu naturel ont pu décliner. Mais la situation du ara ne s'améliorait guère. Cette fois, la conversion des savanes en pâturages constituait la principale menace. Les bovins piétinent les jeunes arbres dans les prés tandis que les grands arbres de la forêt étaient abattus pour faire de la place au bétail. Sterculia apetala, un grand arbre privilégié pour le nid était de plus en plus rares tout comme les palmiers moriche qui fournissent des noix très nourrissantes. Les aras hyacinthe sont en effet des spécialistes des noix de palme. Leur bec imposant et très puissant permet de briser l'épaisse coque des noix, inaccessibles aux autres oiseaux.
Les travaux des conservationnistes ont cette fois visé le dialogue avec les éleveurs de la région. Les bosquets de palmiers et les grands arbres à creux restants ont pu être sauvés, des zones de bois préservées délimitées, et des nichoirs artificiels installés.
Dans le Pantanal, ces efforts semblent porter leurs fruits avec près de 5 000 individus. Au niveau global, le statut de menace de l'espèce a été dégradé de "En danger" à "Vulnérable". L'enjeu est désormais de faire croître les deux autres populations toujours en déclin : celle vivant dans les savanes inondées du bassin du Toncantins et du Xingu à l'est de l'Amazonie et dans les savanes séches du centre du pays (Goias, Minas Gerais, Maranhao, Piaui et Bahia).

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Ara hyacinthe

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Amazone à front bleu (Amazona aestiva), courante en parc zoologique et en aviculture. Tout comme les aras hyacinthe, ces oiseaux à la durée de vie étendue forment des couples très loyaux qui ne sont défaits que par la mort d'un des compagnons.

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Ortalide du Chaco (Ortalis canicollis), représentant le plus courant et le plus bruyant des galliformes du Pantanal. Ici, une troupe s'était rapproché de la fazenda pour se rouler dans la poussière et peut être aussi pour profiter des restes de la cuisine comme des coquilles d’œufs. J'ai croisé également le hocco à face nue, classé comme Vulnérable par l'UICN mais je n'ai pas eu le temps de l'immortaliser. A l'instar de la pénélope de Gray (Pipile grayi), et en général des cracidés, la chasse est la principale menace pesant sur ces oiseaux lourds.

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Pénélope de Gray, split récent de la pénélope à gorge bleue (Pipile cumanensis)

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Pic champêtre (Colaptes campestris) que l'on a aussi croisé dans le carnet de voyage de Raphaël

En plus du fameux toucan toco que je vous ai présenté auparavant, des bandes d'araçaris à oreillons roux (Pteroglossus castanotis) sont visibles dans les sous-bois qui poussent sur les hauteurs. Je les apprécie énormément avec leur caractère curieux et espiègle, et ce petit masque de bandit sur la face. Ils faisaient partie des visiteurs communs de la mangeoire située derrière notre fazenda.

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Araçari
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar raphaël » Dimanche 22 Mars 2020 19:56

Ah ce hyacinthe, quel oiseau mythique !

Même retour pour ma part à propos de la buse à tête blanche, les guides dans les Llanos colombiens l'appelaient "aguila pescadora". L'aigle pêcheur !
Les animaux des zoos sont les ambassadeurs de leurs cousins sauvages. (Pierre Gay)
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar gibbon » Dimanche 22 Mars 2020 20:14

Concernant tes photographies de Milans des marais : sur la première image, c'est un mâle adulte ; sur la seconde, soit une femelle adulte, soit un subadulte (trop difficile à affirmer d'après la photo).
C'est un oiseau très élégant, surtout en vol. J'en ai vu beaucoup dans les Everglades.

Therabu a écrit:Image
Pic champêtre (Colaptes campestris)

Et en arrière-plan, c'est un Paroare à bec jaune (Paroaria capitata).
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar didier » Lundi 23 Mars 2020 9:31

Merci infiniment pour ce récit passionnant, je ne sais pas comment tu fais pour identifier tous ces oiseaux, je n'en connaissais pas le quart, c'est sidérant.
La période que nous vivons étant propice à la lecture, j'invite ceux qui ne l'ont pas encore fait, à lire les comptes rendus de nos grands voyageurs, ça procure une une bonne bouffée d'oxygène. :wink:
En France , la liberté d'expression est un principe intangible, c'est sur cette base que toute personne peut librement émettre une opinion, positive ou négative, sur un sujet mais aussi sur une personne physique ou morale, une institution .
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Lundi 23 Mars 2020 9:38

Merci Didier. J'utilise internet bien sûr mais l'acquisition de guides ornithologiques ("Birds of Brazil : Pantanal & Cerrado", édité par la Wildlife Conservation Society) et l'application Merlin, édité par le Cornell Lab of Ornithology sont de formidables outils rendant le jeu de l'identification pas trop laborieux.

Tout à fait gibbon, merci pour la transition :

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Paroare à bec jaune (Paroaria capitata), habitué aux plaines humides

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Sporophile à col jaune (Sporophila collaris), lui aussi affectionnant les zones humides.
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Geai violacé (Cyanocorax cyanomelas), présents dans les savanes et plaines du continent sud-américain

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Cacholote uni (Pseudoseisura unirufa), restreint au Pantanal et la zone de savane d'El Beni en Bolivie

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Carouge à tête rouge (Amblyramphus holoscireus), espèce monotypique, de plus en plus rare en captivité

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Oriole à dos orange (Icterus croconotus) dont l'aire de répartition traduit une préférence marquée pour les lisières de forêt

Bon Therabu, tes oiseaux c'est gentil deux minutes, mais t'as pas vu autre chose ? Genre des trucs avec des poils?


Effectivement, il y a aussi de nombreux mammifères qui vivent dans le Pantanal et même s'ils sont plus discrets. Les capybaras sont les plus nombreux même si je m'attendais à en voir en plus grosse quantités. Ce sont les principaux herbivores des zones humides bien que le cerf du Pantanal ou cerf des marais les dépasse en gabarit mais il reste peu commun. L'espèce est d'ailleurs classée vulnérable.

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Capybara (Hydrochoerus hydrochaeris)

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Femelle cerf des marais (Blastocerus dichotomus), vue au loin le dernier jour

Dans les broussailles et sous-bois situé sur les hauteurs, on trouve les daguets gris ou mazamas (Mazama gouazoubira). Cette espèce est courante et s'adapte à de nombreux habitats. Par contre, d'autres espèces de mazamas nouvellement décrites (la classification des mazamas n'est pas encore parfaitement établie) ont dû être classés comme vulnérable en raison de leurs plus faibles densités et aires de répartition plus limitées. SI l'on lève la tête, on peut aussi observer l'une des trois espèces de singes du Pantanal. Nous avons observé de très loin un groupe de hurleurs noirs se réfugier à la cime des arbres et n'avons pas croisé de capucins à barbe. Par contre, nous sommes tombés sur une petite famille de ouistitis à queue noire (Mico melanurus).
Ressemblant au ouistiti argenté mais avec la partie arrière du corps qui grisonne pour devenir noire, ce callitrichidé est l'un de ceux occupant les plus grandes aires de répartition. Il occupe en effet toutes les zones de plaines au sud de l'Amazonie jusqu'au Paraguay. Contrairement aux ouisititis de Rio, habitués aux humains, ceux là étaient méfiants et ne s'approchaient jamais bien près même si une forme de curiosité le spoussait quand même à regarder ce que faisaient les bipédes.

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Daguet

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Ouisititi à queue noire

A défaut d'avoir pu observer le tamanoir, nous avons aussi détecter un tamandua austral. A vrai dire, nous étions déjà assoupi quand notre guide est venu nous réveiller car l'animal était juste au dessus de réfectoire ! Il n'est pas resté longtemps à portée de vue, préférant aller se réfugier en hauteur avant de continuer sa balade nocturne.

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Alors que nous faisions un affût près d'un bassin, en espérant voir un tapir aller se baigner, nous avons été gratifié de la visite d'un couple de renards crabiers (Cerdocyon thous) aussi appelés renards des savanes et qui semblent assez communs dans le Pantanal.
Nous n'aurons pas d'observations de qualité du tapir, qui reste une bestiole plutôt discrète. Une fois nous le verrons traverser la Transpantaneira au loin (pendant que nous attendions une dépanneuse :roll: ) et une fois de nuit, avec un projecteur nous supposons en avoir vu un partir dans les fourrés mais sans certitude.

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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Mardi 24 Mars 2020 10:44

Au bout de la Transpantaneira, se trouve Porto Joffre, une localité constituée de quelques fermes en bordant la rivière "Tres irmaos". Le lieu est prisé des pêcheurs sportifs mais maintenant la véritable attraction est la jaguar. Deux lodges assez confortables occupent cette localisation et mettent à disposition de leurs clients des bateaux motorisés pour chercher le mythique grand félin le long des berges.

Je vais peut être perdre en sensationnalisme mais à Porto Joffre, le jaguar est quasiment garanti. En un jour et demi, soit trois sorties de 4 heures environ, nous en avons vu 10 fois ! Alors pas toujours dans des bonnes conditions mais ce chiffre, loin d'être exceptionnel résume bien pourquoi le Pantanal est devenu la destination la plus recherchée d'Amérique du Sud pour l'observation de la faune. La densité de jaguars est impressionnante et les animaux absolument pas préoccupé par les observateurs.

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Une vingtaine de minutes après être partis de l'embarcadère de l'hôtel, nous tombons sur notre prmeier félin dans une lumière à tomber par terre. Ce mâle est en chasse le long de la rive et il n'hésite pas à se mouiller alors que les brumes traduisent bien le petit air frisquet qui règne sur la rivière à cette heure matinale.

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Rapidement, d'autres bateaux arrivent. Des règles strictes ont été mises en oeuvre, notamment une distance minimale avec l'animal, et un roulement des bateaux pour que chaque embarcation puisse profiter des meilleurs positions à un moment sans donner lieu à une foire d'empoigne.
Les guides utilisent comme dans certaines réserves africaines des talkie pour se signaler et multiplier les observations. C'est une pratique critiquable d'un point de vue de l'expérience naturaliste mais qui permet aux touristes de passage de repartir avec plus de certitudes avec quelques observations. Pour nous, c'est le premier jour, et nous n'avons pas eu besoin de cela pour trouver des jaguars mais nous l'utiliserons plus tard dans la matinée. Lorsque nous décidons que nous avons suffisamment profité de l'observation de ce jaguar, nous partons plus loin, voir si notre chance continuera de fonctionner. Lorsque nous partons, ce sont quand même presque 20 embarcations qui dérivent le long de la berge avec le félin.
Cette description peut paraître légèrement désabusée mais il faut dire que ce fût quand même une observation forte en émotion. D'ailleurs toutes mes premières photos sont floues à cause de mes tremblement et de ma respiration haletante.

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Après deux autres observations médiocres de jaguars et quantité de hérons et yacaré, nous "tombons", plus ou moins par hasard, sur deux familles de loutres géantes. En cette fin de matinée, les mustélidés sont fort actifs. Le premier couple est en train de pêcher (on entend les écailles des poissons être broyées par les mâchoires acérés et frénétiques des loutres) et s'éclipse rapidement mais la seconde famille semble plus encline au jeu. A la réflexion, j'ai senti au moins autant de plaisir à observer les jeux et l'agitation brève de cette famille de loutres qu'avec le jaguar. Quels animaux extraordinaires !
Si nous avons été gâtés avec les jaguars, ce seront nos seules observations du séjour pour cette espèce.

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Loutre géante (Pteronura brasiliensis)

En début d'après midi nous repartons mais je rencontre une casse de mon téléobjectif :(
Je suis un peu démoralisé mais je me force à relever la tête et à apprécier cette dernière journée à Porto Joffre et à relativiser ma malchance, au milieu des loutres et des jaguars. Et puis dans mon malheur, j'ai quand même amener mon vieux 70-300 qui est encore correct.
Des bateaux sont massés au loin. Lorsque nous arrivons sur place, nous accédons aux premières loges. Un jaguar s'offre en spectacle sur un banc de sable dénudé mis à jour par la décrue. Il somnole et l'activité n'est pas folichonne mais l'environnement est bien dégagé.

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Des bateaux repartent, d'autres arrivent. Nous décidons de rester. Puis c'est l'agitation. Au loin, un second jaguar apparaît de la berge et traverse nonchalamment le banc de sable sous les yeux de "notre" jaguar. Evidemment les deux félins se toisent mais chacun garde ses distances et on ne décèle même pas le moindre signe de provocation.

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Deux jaguars dans le même cadre. Whaouw ! Nous savourons. La plupart des bateaux quittent alors l'endroit car un autre jaguar a été débusqué plus loin en plus du second qui rode encore dans les parages. Vu que tous les bateaux partent et que la lumière devient deplus en plus belle, je demande aux autres participants du bateau si nous pouvons rester. Car le jaguar est toujours là. Au début pas, trop d'agitation mais les baillements et les regards deviennent de plus en plus fréquents. Nous nous positionnons en biais tout en gardant la distance de sécurité d'une vingtaine de mètres. Puis, après une longue attente, le félin se lève et commence à traverser le bras d'eau, juste devant nous. Je suis calé à l'avant du bateau et je regarde le félin passer à cinq mètres de nous sans même nous regarder ! Quelle chance !

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Le jaguar remonte la rive contre laquelle nous étions stationnés. Je suis étonné que nous n'ayons pas bougé plus rapidement face à l'approche du roi du Pantanal. Mais là le félin est situé au dessus de nous, probablement à quelques mètres et pourtant invisible. Finalement mon guide français fait sortir Zé, le conducteur du bateau de sa nonchalance pour rapidement faire retraite...
En 20 ans de tourisme à Porto Jofre, pas un seul accident n'est à déplorer mais j'ai été témoin de situations qui n'était pas totalement sans risques. Les brésiliens ont de la chance car le jaguar ne semble pas tout à fait réagir de la même manière que lions et tigres.

Peu avant notre départ, alors que nous divaguions lentement dans un coin peu fréquenté nous recevons un appel : un jaguar est en chasse. Nous devons de toute manière revenir vers l'hôtel alors autant en profiter pour voir cette scène. Sur place une petite dizaine de bateaux sont en place et suivent le félin au son des claquements d'appareils photo. Il a du flairer quelque chose et commence à s'avancer discrètement d'un groupe de capybaras. Les gros rongeurs machouillent quelques feuilles, dans leur position habituelle : assis, stoïque, le corps face à la rivière, comme s'ils contemplaient le ballet des embarcations tout en laissant divaguer leurs pensées. Mais ils sont très alertes et surtout, ils orientent leurs corps vers l'eau car il s'agit de leur voie de secours favorite. Une fois dans l'eau, le jaguar ne les rattrapera pas.

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Je me pose de nombreuses questions. J'ai déjà lu de nombreux témoignages de prédateurs dont les taux de réussite à la chasse était plombés par une pression touristique trop forte et des pratiques inadaptées. J'ai même entendu dire que les guépards chassaient de plus en plus de nuit ou tout du moins très tôt ou tard dans la journée pour éviter la pression touristique. Malheureusement cela met aussi ces fragiles félins en compétition avec d'autres prédateurs plus robustes comme les hyènes et les lions. Et là je me demande : comment le jaguar peut-il rester caché alors même que sa proie voit l'agitation d'une vingtaine de bateaux s'affoler devant elle. Ses proies, principalement cabiais et caimans n'ont elles pas fait le lien ? S'il y a des bateaux en nombre c'est qu'il se passe quelque chose de louche dans les roseaux, non ?
Apparemment non, cela n'interfère pas dans le cours de la vie sauvage. En tout cas j'en veux pour preuve cette chasse sur des capybaras.

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Où est le jaguar ?

Le félin s'approche, vraiment tout doucement. Les minutes paraissent des heures mais il est de plus en plus proche. Les gros rongeurs sont sur leurs gardes mais n'ont pas détecté le félin qui n'est plus qu'à quelques mètres. La tension et mon palpitement sont au maximum. Je sais que ça va aller vite, très vite. Alors je tente de me préparer, d'anticiper où va avoir lieu l'attaque. Et puis soudainement un grand SPLAASH! C'est déjà fini. La fulgurance de l'attaque est inouie. Les cabiais s'enfuient dans l'eau, narguant le félin de bruyants soufflements. Bredouille, le roi du Pantanal regagne la berge ayant quelque peu perdu de sa superbe. Mais ce ne sera bien sûr que momentané. Bientôt, le jaguar repartira explorer son domaine, à la recherche de son prochain repas et tous les habitants du Pantanal pourront être attaqués, de la tortue jusqu'au tapir en passant par l'anaconda.
Ici, le roi, c'est la jaguar.
Le jaguar partage avec son cousin tacheté, le léopard, un régime alimentaire extrêmement diversifié. Ils peuvent tout aussi bien attaquer de grosses proies qui les nourriront plusieurs jours que s'adapter en période de vaches maigres avec de plus petits animaux.
Mais ce qui rend la jaguar unique, c'est sa force. Court sur pattes, trapu, il n'est pas un grand coureur mais son crâne imposant cache une masse musculaire impressionnante dans ses mâchoires. Cette caractéristique unique lui permet notamment de percer les carapaces des tortues ou de tuer les caimans d'un coup de croc dans la cavité occipitale. D'ailleurs en langue tupi-guarani, une ethnie qui occupaient le sud-est du Brésil jusqu'au Paraguay et au nord de l'Argentine, jaguar signifie "la bête qui tue d'un bond/d'un coup".

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On a beau percevoir la tension et la fulgurance de ce genre de scène dans les documentaires, dont la qualité est d'ailleurs de plus plus phénoménale, mais, voir cela en vrai fut une chose incroyable. Je mesure le privilège que j'ai eu d'avoir pu assister à ce genre de scène au moins une fois dans ma vie.

C'est donc avec le seigneur d'Amérique du Sud que j'achève ce carnet de découverte de la faune brésilienne...jusqu'à moins prochain voyage ! J'espère que vous l'aurez apprécié et surtout que je vous aurait donné envie d'aller voir cela de vos propres yeux, que ce soit au Pantanal ou ailleurs au Brésil. J'invite toutes les personnes intéressées, même à long terme, à me contacter par message privé afin d'en discuter. En effet, il est toujours intéressant bénéficier de l'expérience des autres et de constituer des petits groupes afin de répartir les coûts fixes et rendre ces expériences plus accessibles.


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E o fim !
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar zoobeauval25 » Mardi 24 Mars 2020 13:27

Merci Therabu pour ce témoignage exceptionnel !

Quels animaux extraordinaires, vraiment. Et quelle chance d'avoir vu cette scène incroyable ! Je me rappelle de cela dans "Planet Earth II", de la BBC, qui est vraiment extraordinaire, mais en vrai, c'est incomparable, et ce doit être complètement fou.

Bravo pour ces incroyables photos aussi !
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar orycterope » Mardi 24 Mars 2020 15:06

Merci beaucoup Therabu pour ces incroyables images et ce récit!
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar abel » Mardi 24 Mars 2020 18:11

Merci beaucoup Therabu pour ce carnet de voyages joliment écrit et bien sûr, comme toujours, magnifiquement illustré ! Ta réflexion finale sur l'impact de l'écotourisme à la fois sur l'expérience naturaliste et sur la faune sauvage elle-même est très intéressante, il s'agit souvent d'une équation compliquée. Quoiqu'il en soit, la rencontre avec les jaguars devait être un superbe moment, tout comme celle avec les loutres géantes, espèce que j'apprécie beaucoup.
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar raphaël » Mardi 24 Mars 2020 19:00

Quelle fin époustouflante !
Et moi ça m'intéresse, l'expédition naturaliste brésilienne, on peut coupler ça avec la Colombie :wink:

L'impact du tourisme pose toujours question. Déjà, tant que l'animal reste sauvage, qu'aucun hôtel ne propose un bébé jaguar à mettre sur les genoux, c'est un grand pas.
La question à se poser c'est, "sans le tourisme, est-ce que ça serait mieux ou pire ?"
Les deniers que tu as laissé font vivre des gens sur place, tant qu'il y aura des jaguars. A l'inverse, ils pourraient être tués par les éleveurs s'ils ne représentent aucune utilité. Bon il y a des dérives possibles, comme en hémisphère nord pour les ours, nourrissage, carcasses laissées pour les attirer...

J'ai ressenti la même émotion en voyant les loutres et en entendant craquer le poisson dans les mâchoires, j'aurais aimé les voir hors de l'eau aussi ! :D
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar guirosama » Mardi 24 Mars 2020 19:14

Merci encore grandement pour cet énorme reportage, avec de nombreuses belles scènes. Cela m'a donné envie d'acheter un bel appareil photo, moi qui n'ai que des bridges depuis 15 ans, bien pratique pour voyager !
Du coup, je m'aperçois que j'ai le même problème : devant une scène rare ou uniques, je sue, tremble et les photos sont floues ! Il y a aussi quelque chose dont je pense être le champion : c'est la branche, feuille ou brindille mal placée qui gâche la photo, mais si je bouge trop la bestiole partira (j'en suis sûr).
Je suis un peu étonné de tes photos d'aras hyacinthes (mais je ne suis jamais allé au Pantanal) : tu n'en as pas d'autres ? Celles-ci semblent écrasées par la chaleur
Enfin, mais peut-être ai-je mal lu, comment as-tu fait tous tes voyages ? en solo ? en groupe organisé ? avec des locaux ? Désolé d'être curieux...
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Therabu » Mardi 24 Mars 2020 22:46

@Raphaël, le tourisme est clairement une plus-value dans le Pantanal. Encore une fois, il ne s'agit pas d'une aire protégée et la majorité du territoire appartient à des propriétaires éleveurs de bétail. Auparavant, les jaguars étaient tués de temps à autre car ils prélèvent des bovins. Mais tu as raison, le développement du tourisme ne se fait jamais sans effets négatifs, il s'agit surtout de les limiter pour que l'équation soit durablement bienfaitrice.

@Guirosama, je peux te proposer cela en hyacinthe.

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Mais tu as raison, nous avons eu peu de temps pour partir à leur recherche. Je suis resté 5 jours dans cette région, à peine plus que le strict minimum que je situerais à 4 jours si l'on veut aller jusqu'au bout de la Transpantaneira. Finalement, j'estime ne pas avoir eu le temps de photographier nombre d'espèces communes. En effet, sur 5 jours, 1 jour et demi fut consacré aux sorties en bateau et nous avons perdu une bonne demi-journée en raison d'une panne mécanique. Donc les observations de ara n'ont eu lieu qu'aux heures chaudes de la journée, pas optimales en termes de lumière.
Mais ce n'est que partie remise !

Dans le Pantanal, j'étais avec un guide, français, qui guidais un autre client avec moi et qui avait amené son fils pour compléter la voiture. C'était donc des conditions optimales. Peu de visiteurs font le Pantanal en individuel et ne s'enfoncent alors pas au cœur de la zone.
Pour le reste, c'est organisé à 95% par moi même. Parfois, je repère des lieux prometteurs à travers les compte-rendus de birders anglophones, mais le plus souvent c'est simplement en se baladant, alerte, près des plages, parcs et jardins que je trouve les oiseaux. Je n'ai recouru à un guide qu'une seule matinée dans la Mata Atlantica mais je répéterais l'expérience de temps à autre pour apprendre. Toutefois, je trouve qu'il n'y a rien de plus satisfaisant que de se trouver "son oiseau" tout seul. Enfin, nous avions pris un guide, lui aussi français, pour effectuer un trek sur les sentiers de la Chapada DImantina durant trois jours car il n'y a pas du tout de marquage sur les sentiers.

Pas de soucis pour la curiosité, je suis même plutôt ravi de la susciter !
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Re: Fauna Brasileira

Messagepar Thibaut » Mercredi 25 Mars 2020 8:45

ça me donne vraiment envie de donner le pantanal. Concernant le tourisme je pense que c'est la meilleure solution. Tout comme à Cuyabeno je pense que ça procure de la pollution sonore et de l'eau mais sans ça, ça serait la ruée sur la forêt a mon avis.
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